Chaque 15 août, Nice rend hommage à une femme devenue, au fil des siècles, l’un des symboles les plus forts de son identité : Catherine Ségurane, ou Catarina Segurana en niçois.
Son nom est indissociable d’un épisode majeur de l’histoire de la ville : le siège de Nice de 1543, lorsque les troupes françaises et la flotte ottomane de Soliman le Magnifique, commandée par Khayr ad-Din Barberousse, attaquèrent Nice, alors possession du duc de Savoie.
Une femme du peuple
Catherine Ségurane aurait été une simple lavandière, une bugadière, issue du peuple niçois. La tradition lui donne également le surnom de « Dona Maufacha », que l’on peut traduire par « la femme mal faite ».
Nous savons finalement peu de choses avec certitude sur sa vie. Son histoire nous est surtout parvenue par des récits apparus après le siège. La Ville de Nice elle-même la présente aujourd’hui comme une héroïne légendaire.
Mais c’est justement cette origine populaire qui a contribué à faire d’elle une figure aussi forte : Catherine Ségurane n’était ni une noble, ni une militaire, ni une personnalité politique. C’était une femme ordinaire qui, selon la tradition, se serait retrouvée au cœur d’un événement extraordinaire.
Le 15 août 1543 : l'assaut de la tour Sincaïre
À l’été 1543, Nice est assiégée par les forces franco-ottomanes. Le 15 août, les combats sont particulièrement violents autour des fortifications de la ville.
C’est notamment du côté de la tour Sincaïre que se déroule l’un des épisodes les plus célèbres du siège. Le nom Sincaïre serait lié au niçois cinq caire, c’est-à-dire « cinq côtés », en référence à la forme de cette fortification.
Selon la tradition, alors que les assaillants turcs tentent de prendre la fortification, Catherine Ségurane rejoint les défenseurs. Elle aurait alors frappé un soldat ottoman avec son battoir de lavandière, avant de s’emparer de son drapeau. Son geste aurait galvanisé les défenseurs niçois et contribué à repousser l’assaut. La Ville de Nice reprend encore aujourd’hui ce récit dans la présentation de l’hommage qui lui est consacré.
La tour Sincaïre est donc bien plus qu’un simple décor de la légende : elle constitue le lieu même auquel la tradition rattache l’exploit de Catherine Ségurane. Le Service d’Archéologie de Nice Côte d’Azur mentionne d’ailleurs les vestiges de la tour Sincaïre comme un haut lieu du passé niçois, directement associé à l’épisode de Catherine Ségurane lors du siège franco-turc de 1543.
De la tour Sincaïre à l’actuelle place Garibaldi
Ce qui est fascinant, c’est que ce lieu historique n’a pas complètement disparu sous la ville moderne.
La tour Sincaïre se trouvait dans le secteur de l’actuelle place Garibaldi, au niveau de l’ancien front nord des fortifications. Lors des travaux du tramway, des vestiges de cette fortification ont été retrouvés par les archéologues.
Une partie de la base de la tour a même été démontée pierre par pierre, étudiée puis remontée dans la station souterraine Garibaldi. Aujourd’hui, les voyageurs peuvent donc encore voir ces pierres depuis les quais du tramway : sous leurs pieds se trouve une partie bien réelle de la Nice fortifiée du XVe siècle, qui a connu le siège de 1543 et l’épisode associé à Catherine Ségurane.
La station de tramway devient ainsi, presque symboliquement, un petit morceau de musée archéologique : en prenant le tram à Garibaldi, on peut regarder les vestiges de la fortification contre laquelle les assaillants franco-ottomans se sont battus en 1543.
Des fouilles réalisées autour de la place Garibaldi ont également révélé des éléments pouvant appartenir au bastion Sincaïre.
Le battoir, symbole du courage populaire
L’image de Catherine Ségurane frappant un assaillant avec son battoir est devenue l’un des symboles les plus populaires de l’histoire niçoise.
Son arme est particulièrement significative : un simple outil de lavandière transformé, dans la légende, en arme de défense.
Le battoir représente ainsi le courage d’une population qui défend sa ville avec ses propres moyens. Catherine Ségurane incarne une forme de résistance populaire : celle d’une femme du peuple qui refuse de rester spectatrice lorsque sa ville est attaquée.
Une mémoire toujours présente à Nice
La mémoire du siège de 1543 est encore très présente dans le paysage niçois.
Dans le secteur de la place Garibaldi, on retrouve notamment des traces des anciennes fortifications. La crypte archéologique située sous la place permet aujourd’hui de découvrir une partie de cette histoire militaire de Nice.
La chapelle du Saint-Sépulcre, elle aussi située place Garibaldi, conserve des éléments rappelant cette époque : des boulets de canon tirés par la flotte turque lors du siège de 1543 sont notamment visibles sur sa façade, tandis que certaines pierres de l’ancienne chapelle Notre-Dame du Sincaïre ont été réemployées dans l’édifice.
Et plus haut, dans la montée Sincaire, se trouve le monument dédié à Catherine Ségurane.
Une héroïne entre histoire et légende
Il faut cependant distinguer l'histoire de la légende. Le siège de Nice de 1543 est parfaitement documenté, tout comme les combats autour des fortifications. En revanche, les détails précis de l'exploit de Catherine Ségurane nous sont transmis par une tradition qui s'est construite au fil du temps.
Mais cela ne diminue en rien son importance dans la mémoire niçoise.
Car depuis des générations, Catherine Ségurane est devenue l’incarnation du courage et de la résistance de Nice. La Ville de Nice la présente elle-même comme une figure populaire incarnant le courage et l’identité niçoise.
Chaque 15 août, son souvenir rappelle donc une histoire qui mêle étroitement la ville réelle et la ville légendaire : une lavandière, un battoir, une tour à cinq côtés, des soldats ottomans, les canons de 1543… et, aujourd’hui encore, les pierres de cette ancienne fortification que l’on peut apercevoir dans la station Garibaldi.
Cinq siècles plus tard, Catherine Ségurane continue ainsi de vivre dans les rues de Nice. Et lorsqu’un tram s’arrête à Garibaldi, sous les pavés de la ville moderne, les vestiges de la tour Sincaïre sont là pour rappeler qu’en ce lieu même, le 15 août 1543, s’écrivait l’une des pages les plus célèbres de l’histoire niçoise.