Que se passe-t-il à l'aube des seventies dans la "planète rock'n'roll" ?
Et bien… meme si ce que l'on a appelé la "British Invasion" s'essouffle un peu, c'est toujours au Royaume-Uni que les choses "se passent". Aux US, il y a bien un petit "laboratoire" qui oeuvre en sous-main. Laboratoire d'où éclateront quelques "trouvailles" essentielles, comme les NewYork Dolls, les Stooges d'Iggy Pop, le MC5 et surtout Black Sabbath. C'est d'ailleurs à ces 2 derniers quon attribura les "bases" du Heavy Metal, tandis que "l'Iguane" restera à jamais le "père" du Punk. Ces groupes-là émergent au moment meme ou le glas du "Flower Power" à définitivement sonné.
La faute à un groupe… anglais ! Et oui, c'est bien les Stones et le drame d'Altamont en 1969 , avec un meurtre en direct, dans la fosse, qui plongeront dans les oubliettes le mouvement Hippie tout entier, avec ses groupes phares comme les Grateful Dead, Jefferson Airplane, Canned Heat et les Byrds.
La "contre-culture" a fait son temps, et désormais on pose les bases d'un rock'n'roll plus agressif, plus subversif surtout, et qui trouvera d'autres sources d'inspiration que le VietNam ou le "Peace & Love".
Pendant ce temps, en Angleterre, de la Cornouaille à l'Irlande en passant l'Essex et le Pays de Galles, on fourmille d'idées en tous genres. Meme si ça "plane" encore beaucoup, avec le rock progressif et ses grands noms comme Yes, Genesis, Jethro Tull, et auxquels on peut ajouter les Pink Floyd, l'heure est à "l'éclate", le "fun", et surtout "l'extravagance". Quelques fleurs sont restées sur les chemises, mais ne sont plus dans la tignasse. Les cheveux longs et crasseux ont laissé place à des brushing sophistiqués et des coupes délirantes. Exit les sandales et mocassins en cuir, bienvenue aux "pattes d'éf." et aux "platform boots" , avec leurs semelles de 10cm d'épaisseur. On va appeler ça le "Glam Rock", ou bien le "Glitter", grâce au succès de Gary Glitter, et les porte-drapeaux principaux se nomment Slade, Sweet, Marc Bolan et son T.Rex, et surtout surtout David Jones, tout fraichement rebaptisé David Bowie.
Pendant ce temps, dans le sud-est de l"Angleterre, plus exactement sur Canvey Island dans l'Essex, une petite bande d'illuminés s'évertue à s'amuser à contre-courant. Il faut dire que la vie sur cette petite cité ouvrière, principalement dans la pétrochimie et la raffinerie n'est pas forcément folichonne. A part les pubs et la bière,il faut bien trouver une issue récréative. Surtout si on n'a pas accès au conservatoire et aux cours de guitare, quoi de plus récréatif que du bon vieux blues-rock des familles, avec ses 12 mesures et ses 3 accords ? Rien… Et c'est dans ces conditions que Lee Brilleaux et ses petits camarades vont créer "Dr Feelgood" en 71, dans un style de rythm'n'blues anglais qu'on nommera plus tard le "Pub-Rock",. Style qui permettra à d'autres groupies de naitre comme les Inmates, ou Eddie & thé Hot Rods. Et style complètement à contre-courant, ultra-minimaliste, et hyper énergique. Et quand on s'attarde sur le guitariste Wilko Johnson, "énergique" est plus qu'un euphémisme. Le gars est littéralement "habité", il semble épileptique tellement son jeu est rythmé, tout en syncopes, il fait sonner sa Telecaster comme une mitraillette et ne tient jamais en place. Sans même le voir , on peut se faire une idée du bonhomme en écoutant le premier single "Roxette", sorti en 74 et préfigurant le prémier album "Down By The Jetty" chez United Artists Records. Cet album d'ailleurs ne manque pas de singularité, puisqu'enregistré en monophonie, pratiquement en une seule prise, et la pochette , elle, sera imprimée en Noir et Blanc seulement ! C'est dire la prudence de leur label, et la limite de la confiance accordée.
Malgré tout, le succès est là, bien que confidentiel, et le gout prononcé du groupe pour la scène aide à la croissance. Le deal avec United Artists va se prolonger malgré tout, et un 2nd album "Malpractice" verra le jour en 75. Cette fois-ci, la pochette sera bien en polychromie, le son sera bien en stéréophonie, et on se paye même un immense producteur en la personne de Vic Maile. De ce LP sortira un titre qui restera à jamais comme le "standard" du groupe, en tous cas de "l'ère Wilko" : "Back in thé Night" est un blues quasi hypnotique, fédérateur. Le chanteur Lee Brilleaux , qui n'est habituellement qu'harmoniciste , y joue une guitare "slide" mémorable. C'est d'ailleurs le seul morceau où il joue de la guitare.
<<<<<<<<<<<<<<< "Back In The Night" >>>>>>>>>>
Tout roule maintenant pour la bande à Lee Brilleaux (Wilko Johnson à la guitare, John B.Sparks à la basse, et "The Big Figure" à la batterie).
Mais bien que leur R'n'B énergique ne soit ni plus ni moins que du pur rock'n'roll, ils rendent fous les disquaires, parce qu'ils ne savent jamais "où" les classer. Comme le style "pub rock" n'existe pas encore, c'est dans le bac "Punk" qu'ils ont tendance à les classer, alors que le mouvement est à peine naissant. C'est surement parce que, avides de scène, ils écument tous les festivals… y compris les festivals punk.
Et précisément, le 3e album est un "live" ! "Stupidity" sort en 76, comprend quelques titres des 2 LPs précédents, mais embarque également des reprises fabuleuses de Chuk Berry, Bo Diddley et d'autres morceaux "soul" des catalogues Atlantic et Stax.Le morceau phare Stupidity est d'ailleurs un morceau de Solomon Burke.
Malheureusement, comme beaucoup d'histoires de groupes, l'aventure va s'interrompre après le 4e LP "Sneaking Suspicion", fait dans la douleur, pour cause de "divergences", musicales ou autres, on ne saura pas trop.
Resultat, Wilko Johnson quitte le groupe , pour former les "Solid Senders", groupe interressant aussi mais qui souffrira de l'absence d'un "vrai" chanteur, en plus d'un "vrai showman".
DrFeelgood, lui, continue avec un autre line-up, en remplaçant Wilko par un autre "génie" de la six cordes, John "Gypie" Mayo., avec un résultat plus que satisfaisant, puisqu'une autre "ère" va commencer, tout aussi fructueuse.
Mais on en reparlera prochainement.